Tour du monde en Volkswagen T3 :  de l’Autriche à l’Inde

Publié le 01 janvier 2020

VW T3 Camper avec Regina Hochecker et Thomas Hadinger

 

PHOTO : Réunis pour un grand voyage intercontinental : Regina Hochecker et Thomas Hadinger avec leur Volkswagen T3 Camper « Edelweiss » sur la route des Hautes Alpes du Grossglockner (Autriche). Photo : Thomas Hadinger

 

Lâcher prise, embarquer, mettre le cap sur l’aventure : Regina et Thomas ont décidé de vivre ce dont beaucoup rêvent. Faire le tour du monde en VW Bulli Camper T3.

Une panne, au cœur de l’arrière-pays bulgare. La boîte de vitesses est morte, rien à faire. Une connaissance de voyage bulgare organise en quinze minutes un rendez-vous chez un mécanicien à Sofia. En deuxième vitesse, trois Autrichiens roulent à 30 km/h sur l’autoroute vers la capitale bulgare. Diagnostic : défaillance de la boîte de vitesses. C’est précisément le scénario que Regina et Thomas ont toujours redouté.

Les trois forment une équipe bien rodée, ou plutôt un équipage en tournée. Permettez-nous de vous les présenter : Regina Hochecker, 33 ans, de Rohrbach a. d. Gösen, artisane et mécanicienne ; Thomas Hadinger, 37 ans, Viennois, réalisateur et photographe, et Edelweiss, 35 ans, VW T3 Camper et, depuis un an et demi, le domicile des deux Autrichiens. Car ce trio fait le tour du monde ensemble depuis un certain temps.

Ce problème de boîte de vitesses sonne-t-il le glas de leur grande aventure ? Car la remise à neuf d’une boîte de vitesses coûterait des milliers d’euros en Autriche, et la recherche d'une boîte d’occasion en bon état prendrait beaucoup de temps. « Et puis, le mécanicien a demandé à l’aide de Google Translate s’il devait immédiatement installer une nouvelle boîte de vitesses. Il devait en avoir encore quelques-unes d’occasion dans son stock de pièces détachées », se souvient Regina. « Complètement stupéfaits, nous avons timidement demandé le prix. 230 euros avec la pose, prix d’ami entre amateurs de VW T3. » Trois heures plus tard, le trio reprenait la route. C’est comme ça que ça se passe quand on roule en VW Bulli.

L’aventure a commencé à l’automne 2021. Conçue délibérément sans horizon temporel et avec une fin à définir au fil du voyage. Seule la destination était fixée : cap sur l’Inde à partir de l’Autriche, par la route. L’itinéraire approximatif devait traverser les Balkans, la Grèce, la Turquie, l’Iran et le Pakistan. Depuis le départ, le trio a parcouru environ 21 500 kilomètres. « Edelweiss » s’est révélé être un véhicule fiable, un foyer avec terrasse panoramique et un lieu de travail mobile. Ou, comme le résume Thomas : « C’est plus qu’une voiture, c’est un membre de la famille et un compagnon de voyage ». Le fait que Regina et lui fassent le tour du monde avec une VW T3 Camper est le résultat d’une préparation minutieuse et d’une longue histoire.

 

Aménagement du bus VW avant le tour du monde

PHOTO : Entièrement neuf ! Pour leur tour du monde, Regina et Thomas ont complètement restauré et aménagé sur mesure leur VW Bulli Camper de 1988. Photo : Thomas Hadinger

 

De grands rĂŞves de VW Bulli

Thomas a contracté le virus du bus VW dès son enfance grâce aux vacances en camping avec le célèbre combi. En 2010, il réalise son rêve de posséder sa propre Volkswagen Bulli Camper : un T3, à l’origine une VW Transporter standard construite en 1988, transformée en camping-car et immatriculée pour la première fois à Salzbourg en 1989. À partir de ce moment, Thomas a passé presque chaque minute de son temps libre dans la nature avec son camping-car baptisé « Edelweiss ». Avec le T3, il a imaginé réaliser son prochain rêve : un voyage en Inde. Et lorsque Thomas a fait la connaissance de Regina en 2016, l’une des premières questions qu’il lui a posées a été : « Peux-tu t’imaginer faire le tour du monde en camping-car ? » Regina, qui n’avait encore aucune affinité avec le camping, s’est rapidement laissé convaincre par Thomas et « Edelweiss ». Trois ans plus tard, elle a pris la décision de quitter son emploi et son quotidien, dominé par trop de travail.

« Le peu de temps libre disponible était entièrement chronométré afin d’en tirer le maximum. L’efficacité à tous crins était devenue le seul mantra », se souvient Thomas. Début 2019, tous deux ont quitté leur emploi, Regina était experte-comptable agréée dans une grande entreprise et Thomas, journaliste à l’ORF. « Démissionner nous a semblé être la seule décision raisonnable à l’époque. »

 

Un tour du monde en T3 Bulli Camper

PHOTO : Petit déjeuner près de Dubrovnik (Croatie) : d’experte-comptable à artisane et mécanicienne autonome, pour Regina Hochecker, le tour du monde en T3 Camper est la meilleure décision de sa vie. Photo : Thomas Hadinger

 

Une maison sur mesure

Pour une entreprise d’une telle envergure, il fallait toutefois que le T3, déjà vieillissant, soit adapté à l’aventure. « Edelweiss » a donc été entièrement vidé, remis à neuf, repeint et rééquipé. Regina et Thomas se sont chargés eux-mêmes de la plus grande partie de l’aménagement : électricité de bord, système solaire, filtre à eau ou habitacle. C’est surtout Regina qui a redécouvert sa dextérité manuelle et s’est lancée dans la mécanique automobile. Elle connaît désormais le moindre recoin d’« Edelweiss ». Seuls la peinture et le moteur n’ont pas été réalisés par Regina et Thomas. Le véhicule de loisirs est devenu une maison permanente. Il a fallu un an et demi pour que leur VW T3 soit prête à faire le tour du monde. Une vie de voyage doit faire l’objet d’une préparation minutieuse : dissoudre le foyer, régler les finances et les questions juridiques, examiner les itinéraires approximatifs et bien d’autres choses encore. Après un peu plus de deux ans et demi de planification, le départ est finalement prévu pour septembre 2021. À 33 ans et avec 209 000 kilomètres au compteur, la VW Bulli « Edelweiss » est à l’aube de son plus long voyage. Les itinéraires sont planifiés à court terme ; la plupart du temps, Thomas examine et explore les routes et les lieux pendant que Regina conduit. Ensuite, ils se posent sur des sites qui leur plaisent. « C’était une première. Nous avons décidé de ne pas échafauder de projets définis, mais de laisser les choses venir à nous. Nous vivons désormais au quotidien la formule philosophique “Le chemin est le but” ».

Le trio autrichien parcourt la Slovénie, la Croatie, le Monténégro, l’Albanie, la Grèce et la Bulgarie et se trouve actuellement en Turquie. Dans chaque pays, ils passent plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Ils ont emporté vélos, kayaks pliants et chaussures de randonnée, et explorent ainsi les pays par les voies les plus diverses. Ils cherchent toujours à connaître les gens et à découvrir leur culture de la manière la plus authentique possible. « Et lorsque nous revenons d’une excursion et que nous retrouvons notre Edelweiss, notre cœur se met à battre plus vite », dit Thomas. Et Regina d’ajouter avec un sourire chaleureux : « Nous avons toujours l’impression qu’il nous accueille avec son visage amical ». Là où ils le peuvent, ils vivent en complète liberté avec leur VW Bulli Camper, en respectant toujours la nature et les autochtones. Il est important pour eux de vivre le plus possible en autarcie. Ils génèrent ainsi leur propre électricité. Regina et Thomas vivent modestement. Ils aiment de vivre au contact de la nature et sont reconnaissants de leurs expériences.

En tant que photographe et réalisateur indépendant, Thomas peut également travailler en déplacement, « Edelweiss » devenant alors un studio de production mobile.

 

La VW T3 avec ses panneaux solaires sur la plage

PHOTO : Le chemin est le but, avec le plus d’indépendance possible : Regina et Thomas avec leur VW Bulli « Edelweiss » à Lefkada (Grèce). Photo : Thomas Hadinger

 

Thomas consacre aussi un certain temps à retracer le parcours du trio sur Instagram (edelweiss.on.the.road) afin d'informer en permanence famille et amis. Il va de soi qu’« Edelweiss » est tout bonnement photogénique. Et ce n’est pas un hasard, car Thomas avait beaucoup réfléchi à l’esthétique du Bulli et avait opté pour une peinture métallisée bleu émeraude, un choix qui s’est avéré payant. « Je voulais qu’il soit beau, à l’extérieur comme à l’intérieur. Et quand il traverse un paysage, il est tout simplement beau à regarder et à photographier ».

 

La VW T3 en camping sur l’île de Kefalonia

PHOTO : Voiture de rêve : photographe et réalisateur, Thomas Hadinger rêvait depuis sa jeunesse de posséder son propre Bulli. Désormais, le T3 Camper « Edelweiss » est son compagnon de voyage permanent, comme ici à Kefalonia (ou Céphalonie) (Grèce). Photo : Thomas Hadinger

 

À ce jour, peu de moments critiques ont émaillé le voyage et les problèmes ont toujours été résolus. Par exemple, lorsque la police turque a frappé énergiquement à la porte le matin parce que Regina et Thomas n’avaient pas vu le panneau d’interdiction de camper pendant la nuit, ils ont reçu, après s’être excusés, le numéro de la police en cas d’urgence ainsi que des recommandations de tourisme. Ou lorsque Regina est partie seule en randonnée dans les montagnes albanaises et s’est perdue, un berger l’a sauvée : il a même fait des détours pour la ramener à bon port. Et lorsqu’ils ont tous deux contracté le coronavirus dans une région isolée, de l’aide a été organisée via Instagram pour les deux globe-trotters dans leur VW Bulli Camper.

 

La VW T3 Bulli dans la région égéenne

PHOTO : Chambre avec vue : la VW Bulli « Edelweiss » à Dalyan (Turquie). Photo : Thomas Hadinger

 

La VW Bulli, le trait d’union

Que ce soit sur une plage en Grèce, dans une station-service en Croatie ou sur une route de village turque, leur partenaire de voyage suscite une sympathie internationale. « C’est tellement beau de voir l’effet d’Edelweiss sur les gens. En tant que voyageur, vous êtes avant tout un étranger. Mais, en route, on nous klaxonne, on nous sourit, on nous fait signe. Le T3 est un facilitateur social, il permet de nouer de nombreux contacts et d’entamer des conversations. C’est comme si nous parcourions la région avec le sourire », confie Thomas. « C’est presque une petite star, il est souvent photographié. Et beaucoup nous racontent leurs propres expériences avec leur VW Bulli. »

Ils savaient d’emblée qu’un voyage en oldtimer s’apparentait à un défi. Mais Thomas et Regina ont également pu se rendre compte au cours de leur voyage que leur maison itinérante faisait partie d’une grande famille. « Nous avons constaté qu’il existe une communauté de passionnés de Bulli dans chaque pays. Les gens qui possèdent un vieux Bulli se trouvent facilement », raconte Regina. « Les fans de T3 sont totalement connectés. Si ton Bulli a un problème, peu importe le pays dans lequel tu te trouves, tu seras aidé ! »

Regina et Thomas, tout sourire dans la VW Camper Bulli

PHOTO : En voyage dans le monde entier et chez eux dans leur VW Bulli : les Autrichiens Thomas et Regina font le tour du monde depuis un an et demi. Photo : Thomas Hadinger

PHOTO :  À la fois maison et membre de la famille : Thomas et Regina ont développé une relation particulière avec leur VW T3 Camper et sont tout à fait sûrs qu’ils ne vendront jamais leur « Edelweiss ». Photo : Thomas Hadinger

 

Lorsqu’on leur demande de citer un moment fort de leur voyage, la réponse fuse : l’Albanie ! « Pour nous, c’était la plus grande surprise. Nous avons été époustouflés par la beauté, presque magique et originelle, du pays. Mais c’est surtout la gentillesse et l’ouverture d’esprit des habitants qui nous a marqués. C’est en Albanie que nous avons connu jusqu’à présent la plus grande hospitalité, chaleur et serviabilité. Inoubliable. »

Pour le moment, le trio est à Dalyan, où ils passent l’hiver sur la côte sud-ouest de la Turquie. Le soleil scintille à travers les vitres du bus et anime les boiseries et les tissus colorés, tout le confort d’un foyer. Ce tableau idyllique pourrait presque faire oublier qu’à 1 000 kilomètres de là, la terre a tremblé et a causé la mort de dizaines de milliers de personnes. S’ils avaient respecté leur projet initial, ils se seraient trouvés exactement dans la zone de la catastrophe. « Nous avons été bouleversés en découvrant les images. Mais nous sommes encore plus touchés par les destins personnels des femmes et des hommes que nous rencontrons ici. Beaucoup racontent qu’ils ont de la famille ou des amis qui ont été touchés par le séisme ou qu’ils ont perdu des êtres chers. C’est déchirant et cela nous rend très tristes », explique Thomas. « Nous avons posté sur nos réseaux sociaux des liens pour faire des dons à des organisations humanitaires. On aimerait pouvoir faire plus que des dons, d’autant plus que les Turcs eux-mêmes sont des gens si serviables. »

Les itinéraires à venir ne sont pas encore clairs en raison de la catastrophe et des évolutions en Iran. Mais ils trouveront leur chemin. L’objectif est clair : profiter de la vie intense du voyage au long cours. Et arriver un jour en Inde... Mais uniquement avec leur VW Bulli Camper « Edelweiss », souligne Regina : « Il fait partie de nous, impossible de nous en passer. »