ImaginĂ©e par Pascal Witmeur et Franz Dubois, poussĂ©e par le Belgian VW Club, la VW Fun Cup est depuis 1997 l’un des plus grands succès du sport automobile en Belgique. A l’image de son aĂŻeule, la Formule VĂ©, elle a su rendre le pilotage accessible Ă un plus grand nombre. Voici les origines d’une success story qui a aujourd’hui 25 ans !Â
De manière assez paradoxale, c’est sur une course de… 2CV que débute l’histoire de la VW Fun Cup. Alors qu’il dispute les 24 Heures 2CV avec le Prince Laurent, Pascal Witmeur fait fonctionner l’énorme machine à idées qu’il a entre les deux oreilles. « Ces 2CV n’étaient pas fiables et pas assez amusantes à piloter », explique-t-il. « Mais le concept était vraiment sympa et l’ambiance plus que conviviale. Je me suis dit qu’il faudrait faire la même chose mais avec une voiture qui donnerait un peu plus de sensations… et qui serait identique pour tout le monde. »

Bref, une coupe monomarque dans laquelle l’amusement serait le maître-mot. Le nom – Fun Cup – était déjà tout trouvé ! « Pour que ça marche, il fallait une voiture symbole », sourit Pascal. « Et j’ai pensé à la Coccinelle. J’ai sonné à Franz Dubois, qui ne semblait pas trop emballé au début parce qu’il croyait qu’on allait le faire avec de vraies Cox. Le lendemain, il m’a rappelé et il m’a parlé d’un châssis tubulaire avec un moteur en position centrale arrière. Nous sommes allés voir J.G. Mal-Voy (alors Président du Belgian VW Club, NDLR) et nous avons reçu son soutien, moral dans un premier temps. Mais J.G. a su nous appuyer auprès de D’Ieteren et leur support fut l’une des clés de la réussite. »
Dans l’esprit de la Formule Vé
En imaginant et en construisant la VW Fun Cup, Franz Dubois a deux idées en tête : concevoir une voiture à la fois accessible et amusante pour des pilotes de différents niveaux, mais aussi et surtout une monture qui permette de limiter les coûts. Dès lors, comme à la grande époque de la Formule Vé, la plupart des pièces sont d’origine et ont été puisées dans le catalogue VW ou Audi. Le moteur est basé sur le bloc de la Golf 1800, les triangles sont ceux d’une Audi 80, les porte-moyeux ceux de la Golf 2, etc. Quant à la carrosserie, elle est divisée en plusieurs parties pour limiter les coûts en cas de dégâts. Enfin, les pneus sont directement issus de la série, là aussi pour des raisons budgétaires puisqu’ils coûtent moins cher à l’achat et qu’ils sont plus endurants. Le partenariat avec Uniroyal durera d’ailleurs de longues années et la marque exploitera au maximum la VW Fun Cup à des fins promotionnelles. Aujourd’hui, c’est un autre partenaire – les pneus Hankook – qui a associé son nom au championnat.

Mais pour lancer un tel projet, il faut aussi de l’argent. Associé avec Christian Lahaye, qui croit lui aussi au concept, Pascal Witmeur et sa société Pitlane investissent au même titre que Franz Dubois et les frères Benoit et Guy De Keyser. Très vite, ils sont aussi rejoints par Damien Coens et Pierre Chaudoir, bien connus pour l’organisation de courses de karting de loisir (comme les 24H de Mariembourg ou du Heysel) qui, à ce moment, commencent à perdre de la vitesse. Mais les deux lascars se disent que leur concept pourrait très bien s’exporter à l’automobile et que la VW Fun Cup constitue à ce titre un excellent produit…
Esprit fun
Dans la tête de ceux qui lancent la formule, la ligne à suivre est de plus en plus claire. Ils recherchent une compétition automobile qui voit s’affronter en piste des néophytes et des pilotes pros sur de beaux circuits. Facile et amusante à conduire, la voiture doit être aussi abordable que possible financièrement et, surtout, l’amusement des participants doit rester la clé avec des G.O. (Gentils Organisateurs) prévoyant notamment des soirées mémorables et un esprit très festif. Bref, le concept semble être en bêton armé !
Le 23 mars 1996, le Belgian VW Club organise un test-day sur un circuit provisoire à Bertrix. Le premier prototype de la VW Fun Cup y est présenté ! A l’époque, le moteur – donné pour 90cv d’origine – ne délivre que 115 bourrins. « Mais les clients potentiels trouvaient la voiture trop poussive », se souvenait Franz Dubois lors des 50 ans du Belgian VW Club. « Nous avons donc fait évoluer le moteur pour arriver à une version définitive de 130 chevaux pour un poids de 730 kg, ce qui commençait à devenir plus sympa. »
Débuts difficiles
Autant ne pas se voiler la face, malgré tous les signes encourageants, les débuts n’ont pas été simples et les actionnaires n’ont pas toujours bien dormi. « Dans un premier temps, on avait juste vendu 4 ou 5 voitures », se souvient Pascal Witmeur. « On en avait fabriqué dix et on stressait un peu… »

La toute première course de VW Fun Cup est organisée à Chimay, les 5 et 6 juillet 1997 dans le cadre du Belgian Procar. Trois manches sont au menu (une de 75 minutes, les deux autres de 90 minutes) et le trio composé de Sabine Dubois (la fille de Franz), Bernard Appercé et Emerson Delcourt restera dans les annales comme le premier équipage vainqueur d’une course de VW Fun Cup. Sous le nom du Droopy Team, ils seront aussi les premiers champions en fin de saison. Mais avec seulement 13 voitures au départ et une épidémie de bris de cardans, mis à mal sur les vibreurs du circuit chimacien, le bilan n’est pas totalement positif… Disputée à Croix-en-Ternois, la première épreuve de 24 heures dévoile une autre faiblesse de la nouvelle voiture. « Les plaquettes de frein arrière chauffaient trop et cela finissait par provoquer le bris des porte-moyeux », précisait alors Franz Dubois. « Mais on a rapidement solutionné l’ensemble de ces problèmes techniques et la VW Fun Cup a vite été considérée comme une voiture fiable et amusante. »
L’explosion
L’aide du Belgian VW Club, qui provoqua de nombreuses retombĂ©es dans la presse en invitant les journalistes Ă diverses courses, et le bouche-Ă -oreille eurent vite fait leur travail. Alors que 13 bolides Ă©taient Ă Chimay, 22 prenaient le dĂ©part de la dernière Ă©preuve de la saison. « On a rapidement eu un problème de luxe », racontait Franz Dubois. « Nous avions toutes les peines du monde Ă honorer les nombreuses commandes. C’était de la folie ! »Â

Les chiffres sont éloquents. En 2000, pour la quatrième saison de la VW Fun Cup, pas moins de 85 Fun sont répertoriées. Parmi elles, on compte 14… Biplaces ! Car la fameuse boîte à idées de Pascal Witmeur et de ses amis (parmi lesquels ont compte désormais Christophe Wachel, l’ex-commercial de City Kart) n’a jamais cessé de travailler. C’est ainsi qu’est venue une idée à priori saugrenue : faire vivre de l’intérieur le sport automobile en emmenant des passagers… pendant la course ! Le concept n’a pas séduit tout le monde d’emblée, la fédération sportive belge (le RACB) n’étant pas du tout emballée par une telle idée, principalement pour les risques que cela pouvait représenter. Mais depuis lors, les Biplaces disputent leur propre course dans la course…
La VW Fun Cup s’exporte
Le succès de la VW Fun Cup ne se dĂ©mentira plus et il est impossible d’estimer aujourd’hui combien de pilotes ont pu dĂ©couvrir le sport automobile Ă bord d’une de ces Coccinelles de course. Car au-delĂ de la compĂ©tition belge, la VW Fun Cup a vite sĂ©duit des importateurs dans diffĂ©rents pays. La France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne… Autant de contrĂ©es oĂą la VW Fun Cup s’est exportĂ©e avec succès. Un championnat d’Europe est mĂŞme créé en 2003, mais les contraintes et les frais de dĂ©placement ne cadraient pas avec le concept « low cost » cher aux participants.Â

Cela n’empêche toutefois pas le succès de se poursuivre. Au printemps 2005, les ateliers de Franz Dubois sortent la 200e VW Fun Cup ! Et année après année, les 25 Heures continuent de grandir pour atteindre un pic en 2007. Alors que VW utilise ce week-end pour mettre sur pied une immense fête familiale (avec de nombreuses animations pour petits et grands), pas moins de 30.000 spectateurs sont annoncés et 162 VW Fun Cup prennent le départ du double tour d’horloge allongé. Quelques semaines plus tard, à Chimay, la VW Fun Cup fête en grandes pompes ses 10 ans.
Le creux de la vague… et la relance
A l’image d’une vague, la VW Fun Cup a ensuite connu une pĂ©riode plus creuse. L’impossibilitĂ© d’encore se fournir en moteur VW 1800 et la volontĂ© de rapprocher la VW Fun Cup de la clientèle de Volkswagen incitent les promoteurs, le Belgian VW Club et Franz Dubois Ă lancer le dĂ©veloppement d’une version diesel de la formule. ArrivĂ©e en 2009, l’Evo2 et son moteur TDI offrent plus de puissance… Mais les pilotes prendront moins de plaisir en course et la fiabilitĂ© n’est plus toujours au rendez-vous. Pratiquement au mĂŞme moment, la gestion de la VW Fun Cup par la sociĂ©tĂ© Speedworld (qui a remplacĂ© PRC) est assez compliquĂ©e. Fin 2011, Speedworld fait faillite et la VW Fun Cup s’arrĂŞte… de manière officielle en tout cas.Â

La sociĂ©tĂ© Kronos Events, dirigĂ©e par Jean-Pierre Mondron et Marc Van Dalen (un ancien participant du Challenge Polo), propose aux propriĂ©taires de ces voitures de rouler pendant deux ans dans le BE Trophy. C’est Ă©galement en 2013 qu’apparaĂ®t l’Evo3. DĂ©veloppĂ©e par WRT, dotĂ©e d’un moteur Ă essence de 172 chevaux nettement plus moderne et d’une boĂ®te de vitesses sĂ©quentielle, cette nouvelle venue va rĂ©concilier les « anti-diesel » avec la formule. ConjuguĂ© au retour de VW comme partenaire officiel en 2014, tout cela a permis de remettre la machine en marche. Après ĂŞtre repartie de presque rien, la VW Fun Cup est de nouveau sur la pente ascendante depuis lors. Avec l’expertise de WRT, l’Evo3 conjugue performances, fiabilitĂ© et plaisir de pilotage. L’excellent travail du promoteur Kronos Events, qui soigne notamment l’ambiance et les retombĂ©es presse, participe aussi au succès et les annĂ©es s’enchaĂ®nent rapidement, mĂŞme la « crise Covid » ayant su ĂŞtre surmontĂ©e sans trop de dĂ©gâts collatĂ©raux. Voir un championnat fĂŞter son quart de siècle en conservant – Ă peu de choses près – les mĂŞmes ingrĂ©dients n’est pas courant, mais c’est l’exploit rĂ©ussi par la VW Fun Cup. Alors, 25 ans, ça se fĂŞte !Â
Le saviez-vous ? De 24 à 25 Heures
La première idĂ©e des crĂ©ateurs de la VW Fun Cup Ă©tait d’organiser une course de 24 heures Ă Francorchamps. Après une première tentative Ă Croix-en-Ternois en 1997, c’est d’ailleurs ce qu’ils firent en 1998… « Mais Jos Dekens, qui Ă©tait alors le patron des 24 Heures de Spa, n’était pas d’accord que l’on utilise un nom similaire », racontait Franz Dubois. « Avec mon cĂ´tĂ© un peu rebelle, je me souviens avoir dit durant la rĂ©union : « Si on ne peut pas faire 24 heures, faisons-en 25 et on n’en parle plus ! ». Tout le monde acquiesça, et les journalistes eurent vite fait de rebaptiser cette Ă©preuve pas comme les autres « La plus longue course du monde ». On sait le succès que les 25 Heures ont connu par la suite… »Â

Détail amusant : la première édition, en 1999, fut organisée du 23 au 25 juillet, soit la date « traditionnelle » des 24 Heures de Spa… Mais désormais, c’est toujours le deuxième week-end de juillet que les « Fun Cupiens » envahissent Francorchamps !