Challenge Polo : La course dans la course

Publié le 01 octobre 2025

En 1985 et 1986, le Belgian VW Club participa au renouveau du championnat de Belgique sur circuit en organisant le Challenge Polo, une compétition directement intégrée au peloton national. Thierry Van Dalen et Giovanni Bruno en furent les deux lauréats.

La course à moindres coûts ! Un credo que le Belgian VW Club défend depuis sa création en 1965. Après tout, la Formule Vé n’était-elle pas l’une des plus belles disciplines d’accès au sport automobile ? C’est de nouveau dans ce but que le Belgian VW Club lance en 1985 le Challenge Polo. Le principe est simple : les concurrents doivent acheter une VW Polo GT, pour laquelle ils bénéficient de 25% de remise, puis adapter un kit rudimentaire pour la transformer en un engin de compétition. « La voiture était vraiment proche de l’origine », se souvient Thierry Van Dalen. « On montait un arceau de sécurité et un siège baquet, on remplaçait les amortisseurs, l’échappement et les plaquettes de freins... Et c’était tout. Même le siège passager et la banquette arrière devaient rester dans l’habitacle ! »

Elu Pilote VW de l’année en 1984, Thierry avait été encouragé à participer à ce challenge par J.G. Mal-Voy. « Contrairement à d’autres coupes monomarques, nous disputions en fait une course dans la course puisque nous étions intégrés au peloton du championnat de Belgique des voitures de production. »

Un choix tout à fait volontaire de J.G. Mal-Voy, qui voulait aussi redynamiser les courses sur circuit en Belgique. « Le championnat national n’allait pas bien et c’est comme ça que je me suis dit qu’une course dans la course, avec des petites voitures abordables, serait bénéfique à la fois pour le championnat et pour les jeunes pilotes », précise J.G. « Comme les Polo répondaient à la réglementation Groupe N, elles pouvaient concourir dans la classe des moins de 1300cc pour un titre national. Pour le challenge, il y avait en plus un classement spécifique avec 700.000 FB de prix en fin d’année. Tout le monde y gagnait ! »

Van Dalen inaugure le palmarès

Au départ de la première course, à Zolder, neuf concurrents disputent le challenge mis sur pied par le Belgian VW Club. Parmi eux, plusieurs noms qui se feront connaître par la suite comme Stéphane Cohen, William De Braekeleer, Jean-Claude Burton (le père du rallyman Caren), René Verbist, Thierry Van Dalen ou les demoiselles Isabell Van de Velde et Chantal Grimard, 14 fois championne de Belgique en natation. Outre la course entre les Polo, les observateurs suivent aussi le match que les pilotes VW mènent face aux autres montures de la classe des moins de 1300cc, dont Claude Corthals (le père de Pierre-Yves) sur une Talbot Samba.

Tout au long de cette première saison du challenge, le grand dominateur sera Thierry Van Dalen. « Ma voiture avait été bien préparée par RAS Sport et en plus je pouvais compter sur mon frère Marc, dont on connaît le professionnalisme, pour assurer mon assistance sur les courses. Pendant que les autres garaient leurs voitures entre deux séances, Marc démontait les roues, ponçait les disques de frein, vérifiait la géométrie… » Lors d’une épreuve de contre-la-montre à Chimay – dans le cadre du Bianchi Rallye – pour laquelle Thierry ne pouvait pas être présent, c’est d’ailleurs Marc qui l’avait remplacé... « Et il avait gagné ! », se marre l’aîné des Van Dalen.

Outre la victoire finale de Thierry Van Dalen face à Jean-Claude Burton, Alain Thiebaut, René Verbist (pourtant pénalisé lors d’une course à Zolder pour avoir volontairement percuté Isabell Van de Velde… après le drapeau à damier !) et Chantal Grimard, l’histoire a retenu que c’est le lauréat du Challenge Polo qui avait aussi remporté le championnat de Belgique des moins de 1300cc face à Claude Corthals. Au passage, Thierry avait même reçu, lors des courses en prologue des 24 Heures, le « Toyota Star Award » attribué par la marque japonaise à un pilote s’étant distingué en moins de 1300cc. Plutôt fair-play, pas vrai ?

Giovanni Bruno, un restaurateur au sommet

Fort du succès de 1985, le Belgian VW Club organise une deuxième édition en 1986 avec cette fois une remise des prix de l’ordre d’un million de francs belges. Parmi les participants, on pointe entre autres Thierry Plasch et Pascal Tillekaerts. Mais deux pilotes vont dominer cette saison : Marc Van Dalen, qui veut ainsi marcher sur les traces de son frère, et Giovanni Bruno, qui remportera finalement le challenge pour… un point ! Le restaurateur bruxellois – patron du Senzanome – se souvient : « J’avais participé aux quatre dernières épreuves de 1985 », explique-t-il. « Pour moi, qui évoluais dans les courses provinciales, ce Challenge Polo était une belle opportunité de me faire remarquer. Ca ne coûtait pas très cher et il y avait une très bonne ambiance entre les concurrents. Nous étions une bande de copains, on s’arrangeait pour dormir dans les mêmes hôtels et on faisait la route ensemble en mettant des plaques sur nos voitures de course… Et puis, j’ai un souvenir ému de J.G. Mal-Voy, qui était à la fois organisateur et coach de tous les participants. »

Sur la piste, les concurrents du Challenge Polo ont plus qu’assuré leur part de spectacle ! « Les gens nous prenaient pour des fous et il fallait toujours aller chez le carrossier après les courses tellement les débats étaient animés », s’amuse Giovanni. « Mais comme le niveau était intéressant, le challenge était bien suivi. C’est d’ailleurs grâce à mon succès que j’ai pu obtenir un volant officiel l’année suivante dans le championnat national puis participer aux 24 Heures de Francorchamps, que j’ai finalement disputées une quinzaine de fois ! Pour moi, ce challenge fut donc un véritable tremplin. » Pour J.G. Mal-Voy et le Belgian VW Club, le but était donc atteint !

Mais la concurrence dans la classe avec Toyota, qui organisa à partir de 1986 sa propre coupe monomarque avec des moyens financiers plus élevés, a poussé le Club à mettre un terme à l’aventure à la fin de la deuxième saison. Pour ne pas laisser tomber les propriétaires de Polo GT, des primes spéciales furent accordées à ceux qui disputèrent le championnat national sur circuit en 1987, ce dont profitèrent notamment Thierry Plasch et Daniel Noël.

Pour la petite histoire Circuit, contre-la-montre et… course de côte !

Si le but premier était d’intégrer le championnat de Belgique des voitures de production, J.G. Mal-Voy voulait aussi élargir les perspectives. Au moment d’établir le calendrier début 1985, il s’aligna sur le championnat de Belgique des voitures de production qui prévoyait cinq courses sur circuit, mais aussi un contre-la-montre sur un zoning dans le cadre du rallye des 24H d’Ypres et un contre-la-montre à Chimay (en marge du Bianchi Rally). Mais ce n’est pas tout ! J.G. Mal-Voy voulait aussi intégrer au calendrier trois courses de côte. On retrouvait donc là les bases du sport automobile avec des voitures et des pilotes alternant les différentes disciplines. Mais après la course de côte d’Alle-sur-Semois, il fut décidé que les autres côtes seraient remplacées par des épreuves traditionnelles sur circuit. « Les pilotes trouvaient qu’ils ne roulaient pas assez durant une course de côte », explique J.G. Mal-Voy. « Dommage, car ce principe d’un championnat multi-disciplines me plaisait beaucoup ! »

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