Nous avons participé, pour la première fois, à ce type d’épreuve encore peu connue du grand public. Une expérience unique, interpellante et… exaltante !
DURBUY. Nous sommes fin juin, on sort d’une période de canicule qui a fait transpirer toute la Belgique pendant un mois, et Volkswagen, sponsor titre de l’Ardenne Roads, nous a invité à participer à cet Eco Rally, rallye (pour voitures électriques) d’un genre totalement inédit pour nous, mais que certains adeptes des formules historiques, eux, connaissent plutôt bien. « Cool (sans jeu de mots) », s’est-on dit. «On va rouler tranquille, pendant deux jours dans la superbe région de Durbuy. Un avant-goût de vacances… »
Si l’atmosphère, dans la petite ville si chère au président d’Anderlecht, est bien à la détente, de vacances, il n’en sera point question, sinon avant (un peu) et après (nettement plus) les épreuves. S’il est bien une caractéristique que requiert de genre de discipline, c’est la concentration. De tous les instants, pour le pilote comme pour le copilote. Ce dernier, pour l’occasion, est un vieux compagnon de route, ou, plutôt, de circuit. Didier est nettement plus pilote d’ailleurs que copilote. On l’a pas mal côtoyé, comme équipier ou adversaire, en karting et même en quad. Tout un programme, qui date d’il y a quelques années, on vous l’accorde. Mais le virus, une fois qu’on l’attrape, ne se perd jamais ! On peut dire que Didier est (toujours) un as du volant, lui qui, après avoir écumé les circuits du Royaume et bien au-delà , s’y colle, cette fois, dans ce baquet de droite. Entre nous, on est bien content que ce soit lui - plutôt que nous – qui se tapera ce boulot ingrat mais absolument déterminant dans ce type de rallye. On peut cependant vous le dire, tout à fait entre nous, notre problème, pendant tout le week-end, sera qu’on a plein de choses à se dire, même pendant les spéciales. On vous parlait pourtant de concentration… hum, hum !
Nous vous le disions en commençant. Tout est nouveau pour nous dans ce genre de rallye, mis a part, peut-être, le roadbook, que Didier maîtrise plutôt bien, même les « décomposés » (les initiés comprendront), lorsqu’on tourne autour d’un arbre ou d’une chapelle, juste parce que l’organisateur a décidé de corser les choses pour voir si l’on est attentif… Heureusement, au Belgian VW Club, avec un team manager (et pilote s’il vous plaît !) hors-pair en la personne de Bernard Heine, on avait pris les choses sérieusement (sans jamais se prendre au sérieux) et, dès le mercredi précédent l’épreuve, un petit coaching d’une matinée nous avait déjà mis dans le bain de l’Eco Rally, Antoine Dechamps, excellent et expérimenté pilote de la discipline, parachevant l’ensemble en nous dispensant quelques conseils précieux sur ce fameux tripmaster Crisartech, sorte de chronomètre-cadenseur qui nous causera quand même quelques soucis durant l’épreuve. Et c’est peu dire…
Et Dieu ouvrit les vannes…
Le jeudi était le jour du contrôle technique et du prologue « gratuit », autrement dit, une sorte de mise en jambes qui n’interviendra pas dans le classement général. Précision aussi, comme l’Ardenne Roads est une première en Belgique et que la moitié du plateau est constitué de novices, la consommation ne sera pas prise en compte cette fois-ci. Elle l’est cependant d’office dans les éco-rallyes intervenant dans le cadre du championnat du monde de la discipline (si, si, ça existe !). Si tout va bien d’ailleurs, l’Ardenne Roads devrait intégrer ce championnat dès l’an prochain.
Précision d’importance, pour l’occasion, nous avons opté pour une VW ID.3 de dernière génération, la plus compacte de la gamme (et si l’ID.2, celle que beaucoup désignent déjà comme la future Golf de la gamme électrique, avait déjà été disponible, c’est sans conteste sur celle-là que nous aurions jeté notre dévolu). Un choix qui s’avérera payant… pour la seule épreuve « de vitesse » (en réalité, une spéciale avec un moyenne de 50 km/h impossible à garder vu le nombre de virages qu’elle comportait, dans un site privé, hors circulation), laquelle épreuve nous vaudra notre meilleur classement du week-end : 7e… on ne peut décidément pas changer ainsi son tempérament. Je ne sais pas vraiment si cette précision est à notre honneur, vu qu’il aurait mieux valu briller dans les autres spéciales, bien « éco » elles, que sur une seule, débridée et, à nos yeux, bien sûr très amusante…
Ce jeudi, les vannes célestes s’ouvrant dans l’après-midi et rendant le contrôle technique bien désagréable, sous des trombes d’eau. Désagréable surtout, précisons-le, pour les volontaires de l’organisation et du RACB obligés de procéder aux vérifications techniques et autres dans des conditions dantesques. Bravo à eux et merci pour leur courtoisie et leurs sourires sans limites, ce jour-là et tout au long du week-end !
Directement dans le vif du sujet
Les choses sérieuses commençaient dès le vendredi. Pour Didier, déjà , dès 7h41, lorsqu’il recevait son roadbook, une heure avant le départ et faisait consciencieusement son devoir, avec ses fluos pour souligner les passages compliqués de la journée. Il comprit très vite qu’il lui faudrait mieux sélectionner les « vrais » tronçons à problèmes sous peine de n’avoir que du jaune, du violet ou du mauve un peu partout sur son carnet… et de ne plus s’y retrouver du tout au moment de prendre la bonne décision sur la route. Ce qui, évidemment, ne manqua pas d’arriver !
J’entends encore Antoine Dechamps nous dire le mercredi : « Les gars, suivre les moyennes, c’est bien, mais sachez que si vous ne vous trompez pas dans le roadbook, vous serez automatiquement dans le top 10 ! » Facile, avec un copilote comme Didier. Ben voyons…
Il y a la théorie et puis la pratique. Et c’est là que ça se corse. Déjà , le tout premier départ (automatique, autrement dit sans commissaire) de spéciale posait problème. Pas de chance, il se situait dans une zone de travaux, avec feu alternatif. En bon conducteur zélé (mais mauvais pilote d’éco-rallye), je m’arrête, pour le départ de la spéciale, 50 mètres au-delà de la ligne officielle, juste après les travaux. En sécurité, certes, mais au mauvais endroit… On fait un belle première spéciale, sans se tromper (je me demande si ce n’est pas même la seule), et… on se retrouve nulle part au classement ! Mais avec un M majuscule pour « Manquant » et 3000 points de pénalité d’emblée. Cela nous la fout mal. Pour une première, nous voilà directement dans la mouise.
Le reste de la journée se passera mieux… ou tout aussi mal, c’est selon. Quelques places d’honneur (pour nous s’entend !) et quelques grosses pénalités (encore). Bref, tout ça n’est pas si simple. Au fond, c’est même plutôt difficile de rouler à 36, 42 ou 50 à l’heure. Chapeau à ceux qui nous devancent et ont bien du mérite (et nettement plus d’expérience, il faut le dire aussi). Bref, au fil des spéciales et des liaisons, notre concentration s’étiole. Didier et moi, on se met à parler, de choses et d’autres, de bons souvenirs communs, comme de Poutine ou de la F1. Pas top pour notre classement…
Mais la journée s’achève sur un repas avec tout le team VW au Sanglier des Ardennes, dans une ambiance géniale, de partages et de rires. Le moral est requinqué et, c’est sûr, ce samedi, on partira le couteau entre les dents et, surtout, les yeux rivés sur la route, le compteur kilométrique, le Crisartech, le GPS, le roadbook, les panneaux de circulation (surtout de limitations de vitesse), les feux, les passages pour piétons, les tracteurs, les ouvriers agricoles (chargeant et déchargeant, en pleine milieu de la route, d’énormes troncs d’arbres fraîchement débités) les (nombreux) touristes hollandais, etc, etc.. Sans oublier les horribles bips du Tripy, cet espion dans la voiture, « qui ne meurt jamais » et, surtout, nous impose des vitesses pas possibles mais absolument impératives, sous peine, après trois infractions sévères, de mise hors-course tout simplement ! Honnêtement, ça fait beaucoup quand même…
Le général, vous n’y pensez pas !
 Autant vous l’avouer, notre deuxième jour ne sera guère bien plus brillant que le premier. Toujours pas de sans-faute au roadbook. Et une langue encore trop pendue pour Didier et moi, malgré une tendance certaine à une meilleure concentration. Au général, on ne sera pas Top 10, comme naïvement espéré, loin de là -même, mais pas dans la queue de classement non plus. Heureusement, à notre âge (de raison), l’orgueil n’est plus un problème. L’expérience, toutefois, fut enrichissante. Elle nous aura permis de connaître nos limites en la matière : on ne s’improvise pas pilote (ni copilote) d’éco-rallye. Désormais, toutefois, à Bruxelles ou à Paris, quand il faudra rouler à 30 à l’heure, je saurai y faire. C’est déjà ça. Autre conclusion, plus sérieuse, la voiture électrique, c’est top. En ville ou ailleurs, elle passe partout, sans bruit et sans rechigner, à 36, 50 ou 120 à l’heure. Plus rien à voir avec les premiers modèles, ceux de dernière génération gardent parfaitement leur autonomie, même sur autoroute, regénèrent beaucoup en ville et s’intègrent mieux et « friendly » dans notre environnement. C’est l’avenir, une fois pour toutes et assurément.
Enfin, l’éco-rallye est une discipline qui, à notre avis, a elle aussi un bel avenir. Car la vitesse, aujourd’hui, c’est dépassé. Et certainement sur routes ouvertes. Comme nous le rappelaient les responsables de cet Ardenne Roads Eco Rally, à qui, également, il convient de tirer un grand coup de chapeau, elle met le sport automobile à la portée de tous. Les gros budgets, ce n’est pas pour l’éco-rallye. On peut participer à ces épreuves avec sa voiture de tous les jours sans craindre de l’abîmer au détour d’un virage. C’est important.
Quant à Didier et moi, on a fait le retour vers Bruxelles en devisant tranquillement, de tout et de rien, sans airco, fenêtres ouvertes, comme au temps de notre jeunesse, le soleil couchant nous faisant un dernier clin d’œil sur un week-end en tous les cas réussi, quel que fut notre résultat…
Philippe