Volkswagen Coccinelle Mach 1 (1965)

Publié le 01 janvier 2020 | Photos : Dirk de Jager

Cela ressemble à un film en accéléré. Même aujourd'hui, on se demande avec surprise quand la Mach 1 va décoller en crissant des pneus. Mais qu’est-ce donc pour une Coccinelle ? « C'est la ligne qui la rend plus rapide », dit en riant son propriétaire Frederic Peeters. Une blague, car sous sa carapace, c'est effectivement une Coccinelle avec beaucoup plus de nerfs.

La Coccinelle Mach 1 est née à l'initiative de D'Ieteren, l'importateur VW. Depuis 1954, il assemblait lui-même les Coccinelles pour le marché belge, à Bruxelles, là où est aujourd'hui produite l'Audi e-tron. En assemblant les Coccinelles lui-même au lieu de les importer prêtes à l'emploi depuis Wolfsburg, l'importateur belge bénéficiait de droits d'importation réduits. Chez D'Ieteren, en 1964, on était très impressionné par le superbe résultat obtenu par le tuner allemand Oettinger sur la base d'une Coccinelle 1200. L'importateur suédois de VW, Scania Vabis, avait engagé la voiture sur le rallye le plus difficile du moment : le « Marathon de la Route », un rallye non-stop Spa-Sofia-Liège. Ce n'était pas la première participation d'une Coccinelle au Marathon de la Route, mais celle de 1964 livrait pour la première fois une superbe performance. La Coccinelle Oettinger rentrait à Liège avec une belle neuvième place au classement général. D'Ieteren décelait un filon à exploiter, celui d’une Coccinelle sportive, et dévoilait en septembre 1964 la Mach 1 dans les journaux et les magazines. À l'époque, elle coûtait 83 900 francs belges (2 100 euros), soit 10 000 francs (250 euros) de plus que le prix d'une Coccinelle ordinaire.

En compensation, la Coccinelle en donnait bien plus à son acquéreur. Comme la Coccinelle de rallye, la Mach 1 était basée sur le kit Okrasa d'Oettinger. Le directeur commercial de D'Ieteren, Jacques Gijsels, était entré directement en contact avec Oettinger pour conclure un accord. « Venez avec l'une de vos Coccinelles, de préférence un modèle qui a déjà quelques milliers de kilomètres au compteur. Comptez une journée de travail et le lendemain, vous pourrez déjà tester le résultat », a-t-on lancé chez Oettinger. Gijsels rentra ensuite en Belgique avec sa Coccinelle verte tunée et fit tester la voiture par tous les membres du conseil d'administration. Tous en étaient fous.

Okrasa

Le kit Okrasa (pour Oettinger Kraftfahrtechnische Spezial Anstalt) est une boîte à magie dans laquelle puisait le préparateur de Friedriechsdorf, à l'époque magnifiquement représentée sur un drap devant la Coccinelle Mach 1 par l'une des photos promotionnelles. On y voit un nouveau vilebrequin, des cache-soupapes, mais aussi des soupapes d'échappement plus grandes et renforcées, tout comme d'autres joints... et surtout : deux carburateurs Solex 32 PICB.

Le boxer à quatre cylindres gagnait légèrement en volume à la suite de ces modifications, passant de 1 200 à 1 295 cm³. Un refroidisseur d'huile supplémentaire était installé, et pour mieux digérer les performances, la Coccinelle Mach 1 recevait l'embrayage d'un bus VW. La cure de musculation faisait des merveilles pour la Coccinelle, car la puissance passait de 30 ch (ou 34 ch pour la Coccinelle 1200A) à un bon 50 ch. La Mach 1 réduisait de moitié le sprint jusqu'à 100 km/h, passant de plus de 30 secondes à 16 secondes. Et en raison de sa vitesse de pointe plus élevée de 152 km/h, le compteur kilométrique a même dû être amélioré pour atteindre un maximum de 160 km/h.

Le châssis a également été modifié. La Mach 1 est légèrement plus proche de la surface de la route, et à l'arrière, elle dispose même d'une suspension BRS réglable. Les roues proviennent de la Porsche 356, que D'Ieteren a également produite à Forest en 1961 et 1962. Cela lui confère immédiatement des voies légèrement plus larges, posant plus assurément la Coccinelle Mach 1 sur ses pneus radiaux Goodyear Grand Prix. La Mach 1 a également bénéficié de quelques modifications extérieures. Elle est basée sur la 1200G, plus luxueuse, que VW sortait dans le courant de l'année 1964. Cela la gratifie d’un compte-tours et d’une jauge de température d'huile au tableau de bord. À cet équipement, D'Ieteren a ajouté un intérieur noir, une sellerie en imitation cuir et le volant à deux branches de la 1500S. Seules deux couleurs étaient disponibles : vert java ou rouge rubis. La bande blanche était en option.

Coccinelle avec vue sur l'intérieur

200 commandes

D'Ieteren lance une campagne de promotion autour de la Mach 1, avec succès. Après la grande campagne publicitaire dans les journaux et les magazines belges en septembre 1964, le téléphone de D'Ieteren sonne sans cesse. En un rien de temps, 200 commandes rentrent pour la Mach 1. Dans l'usine de Forest, une chaîne de montage spécifique est consacrée à la Mach 1. Gerhard Oettinger lui-même insiste pour inspecter personnellement les premiers exemplaires de production début 1965. Au départ, seuls 28 sur 50 obtenaient son approbation. Ce qui n’était jusqu'alors qu’une initiative belge arriva finalement aux oreilles de la direction de VW à Wolfsburg. Là-bas, on planifiait déjà de lancer sur le marché une version plus puissante de la Coccinelle et on préférait donc ne pas avoir affaire à une concurrente dans ses propres rangs. Arrive donc à Bruxelles une demande pressante d'arrêter immédiatement le projet Mach 1 de Forest. Résultat ? À ce jour, on ne sait pas exactement combien de Coccinelles Mach 1 ont été produites, certainement pas plus de 40 à 50. De ce nombre, seuls trois exemplaires connus subsistent.

Le Saint Graal

« Un grand nombre de ces Mach 1 ont été utilisées pour faire de l'autocross ou d'autres compétitions, pour lesquelles les moteurs ont été remplacés au fil du temps », explique Frederic Peeters, lui-même fervent adepte des VAG. La Mach 1 est le Saint Graal pour les connaisseurs de Coccinelle, Peeters ayant lui-même mené une quête longue de 10 ans avant de mettre la main sur son exemplaire, dont la production date du 15/01/1965. « Et en plus, je l'ai achetée dans des boîtes : un projet de restauration qui n'a tout simplement pas démarré. Lorsque, pendant vos recherches, vous voyez un intérieur noir dans une Coccinelle de 1965, vous savez que vous êtes sur une bonne piste. Les autres Coccinelles de cette année-là n'avaient pas d'intérieur noir. Sous le tapis, il y a une marque blanche « SP » apposée sur le châssis, et il y a également un marquage sous le soufflet du frein à main. Mais ce sont les seules preuves que vous avez affaire à une Mach 1, elles n'ont pas de numéros de châssis distincts ».

L'exemplaire de Peeters possède toujours son moteur d’origine, totalisant environ 70 000 kilomètres au compteur. Il l'a bien équipé de frein à disque et d'un bel échappement en inox, apportant à sa Mach 1 un délicieux ronflement.

Nerveuse

Il est difficilement imaginable qu’un nombre somme tout limité de modifications ait transformé à ce point cette Coccinelle Mach 1. Les différences se perçoivent bien plus fortement derrière le volant que ce que laisse penser les informations couchées sur papier. Elle grimpe très vivement en régime, et c'est avec un regard un peu anxieux que je demande à Frédéric combien de tours le boxer peut encaisser. Parce que ce moteur fait clairement comprendre qu'il en veut plus, alors que le compte-tours n'indique pas distinctement où s’arrête la zone de sécurité du quatre cylindres à plat. Selon la documentation d'époque, la voiture atteint 152 km/h à 5 200 tr/min en quatrième vitesse. Nous nous en tiendrons à un maximum d'un peu plus de 4 500 tr/min, et même dans ce cas, cette Coccinelle vous étonne par les vitesses qu'elle sort sans effort de son chapeau.

La direction est très légère. L’empreinte au sol de la Mach 1 est un peu plus large, ce qui lui donne beaucoup d'adhérence et vous permet de la lancer en toute confiance la Mach 1. Grâce aux disques de frein, elle freine plus qu'honnêtement, ce qui ne semble nullement être un luxe excessif. La Mach 1 a beaucoup à offrir. Grâce à l'échappement en inox, le moteur délivre un crépitement sympathique à l'intérieur. Frederic nous raconte qu'avec d'autres collecteurs, on pourrait tirer jusqu'à 100 ch de ce moteur. Imaginez-vous !

 

La Mach 1 a été, à bien des égards, un précurseur de la politique sportive de Volkswagen. Le public belge a clairement exprimé son attirance pour une Coccinelle sportive. En ce sens, nous ne pouvons qu'afficher une certaine fierté tricolore à l'égard de cette initiative de D'Ieteren.

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