Créées en 1924, les 24 Heures de Spa-Francorchamps – que l’on appelle désormais CrowdStrike 24 Hours of Spa – fêtent leurs 100 ans avec une course programmée les 29 et 30 juin prochains. Dans le même temps, la Golf fête ses 50 ans cette année. L’occasion de revenir sur le parcours des Golf et Scirocco GTI – avec notamment Jacky Ickx au volant – sur la grande classique belge de l’endurance.
Volkswagen a souvent joué un rôle aux 24 Heures de Spa. Lors de la renaissance de ce qu’on appelait encore les 24 Heures de Francorchamps, en 1964, la marque de Wolfsburg était déjà de la partie avec des Volkswagen 1500S. Une histoire que nous vous avons déjà racontée sur ce site.
Mais saviez-vous que les 24 Heures ont aussi grandement participé à la promotion des Golf et Scirocco GTI ? Plongeons-nous dans l’ambiance de l’époque grâce à ces extraits du livre « Belgian VW Club : 50 years of Volkswagen Motorsport in Belgium » écrit en 2015 par Thomas Bastin pour fêter le demi-siècle d’existence du Belgian VW Club.

« Dès que j’ai pris le volant de cette Golf GTI, j’avais compris ! ». C’est avec une certaine émotion que Bernard de Saint-Hubert regarde dans le rétroviseur. En 1977, le Lasnois a 27 ans et sa carrière de pilote est plus ou moins à l’arrêt. « J’en avais marre de dépenser de l’argent en sport automobile et, après ma période en Formule VW et Super VW, je m’étais dit qu’il était temps de faire des choses sérieuses. J’avais donc créé ma société et je ne pensais plus trop au sport auto », explique Bernard. « Mais J.G. Mal-Voy et Wim De Jonghe, soit le Secrétaire Général et le Président du Club, sont venus me rechercher pour conduire cette Golf GTI officiellement engagée par le Belgian VW Club. »
S’il y a bien un modèle qui a marqué son temps, c’est incontestablement la VW Golf GTI. Apparue sur le marché en 1976, cette monture propulsée par un moteur 1600cc à injection de 110 cv ne pèse que 810 kg et, grâce aussi à un châssis parfaitement équilibré, elle propose des performances étonnantes pour un tarif très abordable. Les qualités sportives de la Golf GTI ne passent forcément pas inaperçues et ils sont nombreux à vouloir aligner cette voiture sur les circuits. « En 1976, plusieurs amateurs faisaient rouler une Golf GTI », racontait J.G. Mal-Voy peu avant sa disparition, en avril 2015. « Mais ces montures n’étaient pas adaptées aux contraintes des courses sur circuit et, il faut le reconnaître, les résultats n’étaient pas à la hauteur du potentiel de la GTI. En tant que Secrétaire Général du Belgian VW Club, je me suis dit que nous devions faire quelque chose ! Je voulais montrer les qualités du produit et j’ai contacté VW Motorsport. Ils nous ont mis en relation avec le préparateur allemand Müller Tuning, nous avons débloqué les budgets et nous avons lancé la toute première Opération Spéciale du Club en 1977 ! »
Plusieurs courses sont prévues dans le programme et la Golf GTI devient d’emblée la terreur de la Division 1, la catégorie des moins de 1600cc. « Cette voiture était fantastique ! », rappelle Bernard de Saint-Hubert. « C’était vraiment une révolution ! Il n’y avait que 145 chevaux dans la version la plus évoluée, mais on pouvait rivaliser avec des voitures bien plus puissantes. La GTI était légère, maniable, amusante… Et surtout très efficace ! Cette année-là , on a pratiquement tout gagné face à des Corolla et des Celica qui avaient l’habitude de faire la loi. Je me souviens de victoires à Francorchamps, à Nivelles, à Zolder… Malheureusement, nous n’avions pas disputé tout le championnat, sans quoi le titre ne nous aurait pas échappé. »
Au milieu des « grosses » voitures
Lors des 600 Km de Spa, première apparition de la Golf GTI officielle et répétition générale avant les 24 Heures de Francorchamps, Bernard de Saint-Hubert est associé à Daniel Herregods. En se classant au 7e rang absolu, notamment devant des Ford Capri et des BMW 3.0 CSi, la Golf GTI est l’incontestable vedette de l’épreuve. La presse spécialisée ne s’y trompe d’ailleurs pas en mettant en valeur les performances de la voiture de Wolfsburg… Après une nouvelle victoire lors d’une épreuve nationale à Nivelles, la Golf GTI du Club devient logiquement la favorite de sa catégorie pour les 24 Heures de Francorchamps !
En 1977, les organisateurs ont décidé de réserver le double tour d’horloge des Ardennes aux voitures du Groupe 1 Production et la Golf compte bien jouer les trouble-fêtes au milieu de montures plus performantes. Outre de Saint-Hubert et Herregods, les lauréats des 600 Km de Spa dans la Division 1, Luc De Cock est aussi appelé pour piloter la « bombinette ». En collant près de 7 secondes à sa plus proche rivale lors des essais qualificatifs, la représentante du Belgian VW Club assume son statut de favorite malgré un moteur « dégonflé » à 135 chevaux pour favoriser la fiabilité.
Placée 45e sur une grille de départ comprenant 76 voitures, la « petite » Volkswagen a fait mieux que se défendre. Malheureusement, après avoir dominé le début de course, le trio de Saint-Hubert-Herregods-De Cock est contraint à l’abandon suite à une perte d’huile… « Nous préférons arrêter avant de casser complètement le moteur », expliquent les membres d’une équipe ne pouvant cacher sa déception.
« Il n’empêche que, malgré cet abandon, l’opération avait été un franc succès puisque nous avions chaque fois dominé la catégorie lors de nos différentes apparitions », raconte J.G. Mal-Voy. « La promotion de la Golf GTI était faite et nous nous sommes alors attaqué à un autre projet : celui de démontrer les qualités de la VW Scirocco GTI. »
Ickx et Redman font le buzz

Sur sa lancée de la saison 1977, le Belgian VW Club voit grand pour les 24 Heures de Francorchamps 1978, les dernières disputées sur l’ancien circuit de plus de 14 km ! Si de nombreuses Golf GTI et Scirocco GTI sont engagées par des privés, ce sont bien les quatre Scirocco officiellement alignées par le Club – et de nouveau préparées par Müller Tuning – qui attirent tous les regards dans la Division 1 (moins de 1600cc). Il faut dire que les troupes présidées par Wim de Jonghe et coordonnées sur le terrain par J.G. Mal-Voy ont frappé fort au moment de former les équipages... Pensez donc, au volant de la #74, on retrouve ni plus ni moins que Jacky Ickx et Brian Redman, soit le duo lauréat des 1.000 Km de Spa dix ans plus tôt ! D’autres fines gâchettes sont de la partie avec les duos Bernard de Saint-Hubert/Jean-Charles Goris, Daniel Herregods/Jacques Berger et le trio Francis Polak/Luc De Cock/Jean Wansart.

Même si l’expression n’est pas encore utilisée à l’époque, on peut dire que la présence du duo Ickx-Redman fait le buzz ! Ainsi, c’est une VW Scirocco qui figure sur l’affiche officielle de cette édition 1978 des 24 Heures et, sur le plan médiatique, l’opération est un succès avant même le lancement des premiers essais. Heureusement, car la suite va se révéler nettement moins positive…
Jeudi soir, lors des essais de nuit, Brian Redman et Daniel Herregods sortent violemment de la route. Le spoiler avant monté sur les voitures semble déstabiliser l’arrière à haute vitesse… Et on sait à quel point l’ancien tracé de Francorchamps pouvait être rapide ! « Je pense aussi que Wim de Jonghe avait commis une petite erreur », estime aujourd’hui Bernard de Saint-Hubert. « Celle de ne pas assez tenir ses hommes. Il y avait une lutte interne terrible ! Chacun voulait montrer qu’il allait plus vite que les autres dans l’équipe. Dès les essais, certains ont attaqué au maximum et les voitures souffraient beaucoup, notamment si on ne ménageait pas les transmissions à l’épingle de la Source. Or, ce sont surtout les boîtes de vitesses et les embrayages qui ont posé problème… Finalement, nous avons été, avec Jean-Charles Goris, le seul des quatre équipages officiels à rejoindre l’arrivée. Mais à une lointaine 18e place… »
Avant d’en arriver à un tel résultat, les mécanos de Müller avaient réalisé un exploit en réparant les deux voitures accidentées lors des essais. Les VW Scirocco GTI avaient en outre largement démontré leur pointe de vitesse en dominant la Division 1 lors des qualifications et du début de course. Mais VW n’aurait jamais dû perdre cette épreuve et, pour le Belgian VW Club, le coup est dur à digérer…
Volkswagen gagne la Coupe du Roi
L’objectif premier de J.G. Mal-Voy et du Belgian VW Club, c’était néanmoins de faire la promotion des modèles sportifs de la marque avec l’espoir de pouvoir ensuite soutenir des pilotes privés dans leurs campagnes sportives. Sur ce point, et grâce aussi aux qualités indéniables de la Golf GTI et de la Scirocco GTI, on peut dire que ce fut une franche réussite.

A partir de 1978, les Volkswagen vont dominer le Championnat de Belgique des Voitures de Production dans la classe des moins de 1600cc. Michel De Deyne en 1978, Marc Piessens en 1979, Guy Pirenne en 1980, Philippe Ménage en 1981, Michel De Deyne (de nouveau) en 1982, le trio Axel Huweler (Gr.A), Guy Pirenne (Gr. N – 2000cc) et Guy Nève (Gr. N -1600cc) en 1983, Roger Rutten en 1984, Philippe Ménage pour la deuxième fois en 1985… Tous ont décroché un titre national au volant d’une Golf ou d’une Scirocco !
Par ailleurs, le Belgian VW Club était aussi très actif lors des 24 Heures de Francorchamps. Ainsi, l’engagement était remboursé aux équipages qui rejoignaient l’arrivée et une prime financière (allant jusqu’à 15 francs belges du kilomètre en 1987) était également garantie pour ceux qui portaient les couleurs du Belgian VW Club et de ses partenaires. A ce titre, la victoire de VW lors de la Coupe du Roi en 1980 fut aussi une énorme satisfaction et a permis à Volkswagen de faire partie de la légende de cette course unique.
